
PREMIER MODULE | Comprendre le stress traumatique, et comment y résister et s'y adapter
DEUXIÈME PARTIE | Les concepts clés du traumatisme par procuratio
Le stress peut être défini comme toute exigence ou changement auquel le système humain (âme, corps, esprit) est confronté et auquel il doit répondre. Le stress fait donc partie d’une vie normale. Sans aucune difficulté ni exigence physique, la vie serait bien ennuyeuse. Le stress, cependant, se mue en détresse (ou stress traumatique) lorsqu’il dure trop longtemps, se produit trop souvent, ou est trop intense. Il est également important de souligner qu’un facteur de détresse chez une personne peut ne pas l’être chez une autre. Votre perception individuelle (le degré de menace auquel vous vous sentez confronté(e) et le degré de contrôle que vous avez sur les circonstances) peut affecter le niveau de détresse que vous ressentez personnellement. Le stress traumatique peut donc être défini comme la réaction à toute difficulté, exigence, menace ou tout changement qui dépasse notre capacité de résistance et d’adaptation et provoque ainsi de la détresse.
Il existe trois principaux types de stress traumatique auxquels les travailleurs humanitaires sont confrontés :
Le stress lié à un incident critique ou stress aigu
Définition : Ces deux termes désignent les réactions à un traumatisme qui se produisent à la suite d’un événement traumatique durant lequel un individu est sérieusement menacé par un préjudice ou la mort. Ces types d’événements sont souvent désignés comme des incidents critiques, et ils sont inhabituels et intenses. Parmi les incidents critiques auxquels les travailleurs humanitaires peuvent se trouver confrontés, on peut citer : se faire agresser, se trouver dans des situations où de nombreuses personnes trouvent la mort, se trouver dans une zone de tir, ou être témoin d’accidents de la route, de bombardements, d’enlèvements et de braquages de véhicules.
Réactions : Le fait d’être confronté à des réactions de stress aiguës (également désignées comme des réactions de stress à un incident critique) après un incident critique est une réaction normale à une situation anormale. L’événement traumatique déclenche une réaction de lutte ou de fuite qui produit une série d’environ 1 500 réactions biochimiques dans l’organisme. Par exemple, une forte augmentation des niveaux de substances chimiques liées au stress, comme l’adrénaline et le cortisol, peut entraîner une augmentation du rythme cardiaque et des changements de flux sanguin, afin de vous aider à affronter la menace.
Qui y est exposé ? Ce type de stress traumatique est généralement plus problématique pour les travailleurs humanitaires qui sont en poste en dehors des pays développés. Des études tendent à indiquer que la plupart des travailleurs « de terrain » vivront au moins un incident sérieusement bouleversant ou terrifiant durant leur carrière. Environ 25 % des travailleurs humanitaires dans des situations d’urgence humanitaire complexes (par ex. ceux qui travaillent dans des pays comme l’Irak, l’Afghanistan et la République démocratique du Congo) peuvent s’attendre à subir une expérience mettant leur vie en danger.
Le traumatisme par procuration ou traumatisme secondaire
Définition : Ces termes désignent les réactions de stress et réactions de traumatisme qui peuvent se produire lorsque l’on est témoin ou que l’on entend parler d’événements traumatiques qui sont arrivés à d’autres. Dans ces cas, les victimes sont d’autres personnes, et vous les voyez souffrir, ou vous entendez parler d’événements traumatiques qui leur sont arrivés.
Réactions : Le traumatisme par procuration peut déclencher de nombreuses réactions similaires qui surviennent lorsque vous êtes personnellement confronté à un incident critique. Les signes et les symptômes sont similaires, bien que généralement moins intenses que ceux déclenchés par une exposition directe à des événements traumatiques. Dans certains cas cependant, le niveau de traumatisme peut s’avérer presque aussi important chez les victimes secondaires que chez les victimes primaires.
Qui y est exposé ? Il est désormais largement reconnu que toute interaction avec les victimes de traumatismes présente un risque élevé pour les travailleurs humanitaires de subir une forme de réaction de stress traumatique secondaire. Les travailleurs humanitaires, quel que soit leur poste, entendent régulièrement des histoires bouleversantes et sont confrontés à la réalité de la violence, de la pauvreté et des catastrophes. Le traumatisme par procuration fait par conséquent partie intégrante du travail humanitaire et pose problème tant pour le personnel de terrain que pour le personnel travaillant dans les bureaux. Il est donc plus judicieux de réfléchir à la manière de se préparer et de gérer le traumatisme par procuration qu’à une manière de l’éviter.
Le stress cumulatif
Définition : Les réactions de stress cumulatives sont une forme de réaction de stress moins prononcée, mais plus progressive. Elles sont généralement liées à des facteurs de stress de faible intensité, mais de nature plus chronique, qui envahissent la vie d’une personne et qui « s’accumulent ». On peut citer, entre autres sources courantes de stress chronique pour les travailleurs humanitaires :
- Un environnement de travail chaotique et réactif
- Se sentir dépassé par des besoins non satisfaits
- Des dates butoir serrées et des collègues stressés
- Des difficultés de communication en raison de différentes personnalités et de différences culturelles
- Une préparation et un briefing inadéquats
- Être tenu de réaliser des tâches en dehors de son domaine de formation et de compétence
- Être confronté à des dilemmes moraux et éthiques
- Le fait d’être isolé de son réseau de soutien social habituel
- Manque de sommeil chronique
- Difficultés et retards lors de déplacements
Réactions : Les effets négatifs des facteurs de stress quotidiens s’accumulent avec le temps. Les facteurs de stress chroniques déclenchent des réactions de stress persistantes, qui peuvent croître en intensité et devenir problématiques avec le temps. La présence de plusieurs facteurs de stress chroniques est souvent un meilleur indicateur de niveaux de stress plus élevés qu’un un incident critique isolé. Une séquence d’événements stressants d’intensité relativement modérée peut finir par occasionner des niveaux de stress élevés, si elle n’est pas gérée de manière efficace, au jour le jour.
Qui y est exposé ? Presque tout le monde vit ce type de réaction de stress à un moment ou à un autre dans sa vie. Cependant, quelque soit le poste qu’ils occupent, la plupart des travailleurs humanitaires sont exposés à des niveaux élevés de facteurs de stress chroniques liés à leur travail. Outre les facteurs de stress chroniques typiques (comme les retards liés à la circulation routière et les évaluations professionnelles), les travailleurs humanitaires sont également confrontés à des difficultés chroniques résultant de leur travail au sein d’une situation de crise. La question la plus importante à se poser est la suivante : comment parvenir à concilier l’urgence du travail et les autres domaines de l’existence ? Les travailleurs humanitaires qui ne prennent pas le stress chronique au sérieux et qui ne se préparent pas de manière proactive à affronter les défis de l’existence courent un risque réel de burnout au bout de 3 à 5 ans dans un travail à fort impact.
Les trois types de stress traumatique présentés peuvent être problématiques pour les travailleurs humanitaires. Cependant, des études et de nombreuses données empiriques suggèrent que les réactions de stress chroniques, comme le burnout, sont susceptibles de poser problème au plus grand nombre. Le reste de ce module se focalise donc principalement sur l’identification et la gestion des réactions de stress cumulatives et chroniques.
Un exemple concret…
« La période qui a précédé la mission a été extrêmement stressante. Il y avait tant à faire, et j’avais l’impression de ne pas être correctement préparée. Ma chaîne de commandement médical semblait m’offrir très peu d’assistance et de conseils, voire pas du tout. Au Kosovo, j’ai passé sept mois extrêmement éprouvants. Je me sentais seule responsable de faire en sorte que tout se passe bien. Je savais que je me poussais trop et que je négligeais mes propres besoins personnels, mais je n’arrivais pas à lever le pied. »
– Cheryl Netterfield sur son expérience en tant que médecin militaire en mission au Kosovo (citée dans Danieli, 2002, p. 50)
Pour votre réflexion personnelle…
- Quel type de stress traumatique (aigu, par procuration ou cumulatif) est le plus problématique ou le plus gênant pour vous ?
