Prévenir et gérer le traumatisme par procuration dans le cadre professionnel

QUATRIÈME MODULE | Comprendre le traumatisme par procuration et y faire face

SIXIÈME PARTIE | Travailler tout en se protégeant : prévenir et gérer le traumatisme par procuration dans le cadre professionnel

L’essentiel de ce qui a été publié sur le traumatisme par procuration se focalise sur les manières de prévenir et de gérer le traumatisme par procuration en prenant soin de vous-même en dehors du travail (par ex. en passant du temps avec votre famille et en faisant d’autres choses que vous appréciez). Cependant, la manière dont vous percevez et accomplissez votre travail a un impact majeur sur la manière dont vous vivez le traumatisme par procuration. Cette section examine la manière dont vous pouvez contribuer à prévenir et à gérer le traumatisme par procuration dans le cadre professionnel.

La manière dont vous percevez votre travail

La manière dont vous percevez votre travail joue un rôle majeur pour vous aider à rester sain et à préserver votre équilibre. Voici quelques questions auxquelles vous devez répondre.

  1. Pourquoi faites-vous ce travail ? Pourquoi avez-vous choisi de devenir travailleur humanitaire lorsque vous vous êtes lancé dans cette carrière ? Pourquoi le faites-vous aujourd’hui ? Si vous connaissez les réponses à ces questions, vous pourrez plus facilement trouver un sens à votre vie et un but, et vous rappeler que vous pouvez toujours emprunter une voie différente si vous le souhaitez. Cela peut également souligner d’importantes différences entre votre motivation initiale et votre état actuel, et vous aider à retrouver votre motivation initiale ou à chercher une nouvelle source d’inspiration.
  2. Savez-vous ce que vous faites dans votre travail, et pourquoi ? Savoir comment bien effectuer votre travail et pourquoi vous pensez que vos actions font une différence peut vous aider à comprendre votre rôle dans le contexte plus large du travail humanitaire et de la mission de votre organisation. Cela vous fournit un cadre qui peut vous aider à vous rappeler que vos actions ont un but, et qu’elles peuvent contribuer à créer un changement positif, même quand vous ne constatez pas vous-même ce changement. Si vous avez du mal avec cette question, vous pouvez demander des informations à votre organisation concernant sa mission globale, sa mission dans l’environnement dans lequel vous travaillez actuellement, et tout éventuel signe de changement ou de progrès qu’ils constatent.
  3. Comment mesurez-vous la réussite dans votre travail ? Avez-vous une longue liste d’objectifs spécifiques que vous devez atteindre pour considérer que vous avez réussi votre tâche, ou considérez-vous avoir réussi la tâche du moment que vous avez donné le meilleur de vous-même chaque jour, indépendamment du fait que tous les objectifs de votre liste aient été atteints ou non ? Vous focaliser sur le fait que vous donnez le meilleur de vous-même (même si certains jours, vous n’êtes pas au meilleur de votre forme), au lieu de vous reposer uniquement sur les résultats, peut vous aider à avoir une perspective plus saine, à vous rappeler ce que vous pouvez contrôler ou pas, et à explorer diverses manières d’avoir un sentiment de réussite dans votre travail.
  4. Que pouvez-vous contrôler dans votre travail ? Dans quels domaines pouvez-vous faire des choix concernant le contenu, la structure et le planning de votre travail ? Que pouvez-vous contrôler dans votre travail et ses résultats, et qu’est-ce qui échappe à votre contrôle ? Vous pouvez gaspiller de l’énergie et de la motivation en vous focalisant trop sur des choses que vous ne pouvez pas changer. Le fait de savoir ce que vous pouvez contrôler vous évite également de vous blâmer pour des choses qui échappent à votre contrôle ou de vous considérer comme une victime. Même dans les circonstances où vous n’avez que très peu de contrôle sur votre vie professionnelle, vous pouvez souvent choisir quelle attitude adopter, qu’il s’agisse de sourire aux autres ou des vêtements que vous allez porter chaque jour. Ces petits choix peuvent vous aider à rendre l’absence de choix plus importants, plus supportable.
  5. Quels sont les coûts et les récompenses de ce travail, et dans quelle mesure changez-vous sur le plan personnel ? Le travail humanitaire peut être éprouvant, et le fait d’être changé par le travail, à des degrés divers, est inévitable. Le fait de comprendre cela peut vous aider à rester ouvert aux manières (positives et négatives) dont vous changez. Savoir ce que vous trouvez gratifiant dans votre travail peut également vous aider à vous focaliser sur le positif. Il peut être facile de se focaliser sur tous les problèmes et les risques associés au travail humanitaire. Mais même dans les situations les plus exigeantes, vous trouverez souvent des exemples de détermination, d’ingéniosité, de compassion, de foi, de résilience et même d’héroïsme. Recherchez des exemples de telles attitudes et comportements chez vous et chez les autres, et valorisez-les.
La manière dont vous percevez votre travail joue un rôle majeur pour vous aider à rester sain, à préserver votre équilibre et à prévenir et gérer le traumatisme par procuration.

Réflexion…

  • Prenez le temps de prendre des notes ou de débattre des réponses à chaque groupe de questions parmi les points 1 à 5 ci-dessus.
  • Quel est le groupe de questions qui vous pose le plus problème (peut-être ne connaissez-vous pas les réponses à ces questions, ou la manière dont vous pensez habituellement au travail dans ce domaine ne vous aide pas). Pourquoi ?
  • Dans lequel de ces domaines de questions pensez-vous être le plus performant ? Pourquoi ? En quoi votre approche dans ce domaine vous aide-t-elle à vous protéger du traumatisme par procuration ?

La manière dont vous effectuez votre travail

Une pensée saine est désirable en soi, mais elle est encore plus précieuse si elle est liée à des pratiques saines au travail. Voici quelques suggestions sur la manière dont vous pouvez travailler de façon à prévenir et gérer le traumatisme par procuration.

  • Changez certaines choses qui vous gênent : Changez certaines choses que vous pouvez contrôler et qui vous gênent (par ex. si votre environnement de travail est glauque et sale, nettoyez-le afin qu’il ne soit plus source de déprime).
  • Faites intentionnellement des choix lorsque vous le pouvez : Faites des choix concernant les choses que vous pouvez contrôler (par ex. quand prendre votre pause déjeuner).
  • Établissez (ou rompez) des liens avec les autres : Si vous travaillez principalement seul, trouvez des moyens d’entrer en contact avec des gens durant la journée (par ex. prenez cinq minutes pour demander à quelqu’un comment s’est passé son weekend). Si vous travaillez principalement au contact d’autres personnes, prenez de petites pauses, notamment du temps durant lequel vous ne prendrez part à aucune conversation, afin de pouvoir laisser votre esprit revenir à des pensées positives, sécurisantes et réconfortantes. Cela vous aidera à vous rappeler que vous devez considérer les gens comme des individus et non comme des tâches.
  • Essayez quelque chose de différent au travail : Cherchez des opportunités de faire quelque chose de différent de votre travail habituel (par ex. écrire un article, offrir d’enseigner un atelier, collaborer avec un collègue sur un projet, demander de l’aide à quelqu’un de nouveau). Si votre travail est très routinier, essayez de changer l’ordre dans lequel vous effectuez vos tâches habituelles.
  • Écrivez pour relater vos expériences au travail : Même rédiger des notes brèves sur vos expériences au travail peut être utile. Elles peuvent constituer un moyen efficace de consigner quelque chose d’important afin de pouvoir reporter votre attention sur autre chose. Avec le temps, cela peut également vous aider à mieux comprendre votre travail, et vous-même.
  • Trouvez des manières de conserver ou de retrouver une perspective tout au long de la journée : Trouvez de petits moyens de vous connecter brièvement à des pensées ou à des choses qui vous régénèrent ou vous changent les idées et vous aident à replacer votre travail dans son contexte. De nombreuses personnes trouvent du réconfort en regardant des photos d’êtres chers, en priant ou en méditant, en s’imaginant dans un lieu vivifiant, et en pratiquant des exercices de respiration. Ces activités peuvent vous aider à calmer votre corps et à stabiliser votre esprit.
  • S’impliquer dans des réseaux professionnels et dans des relations avec les collègues : Faire connaissance avec des personnes qui effectuent un travail similaire et avec lesquelles partager des ressources, des stratégies et des histoires aide à remédier au sentiment d’isolement qui est souvent associé au traumatisme par procuration. Partager des expériences de nature non professionnelle avec des collègues peut également vous aider à exprimer votre individualité au travail.
  • Trouvez plus d’une habitude saine : Il ne vous suffira pas d’une seule bonne stratégie pour vous protéger efficacement du traumatisme par procuration. Veillez à pratiquer plusieurs habitudes de travail saines différentes.
Une pensée saine est désirable en soi, mais elle est encore plus précieuse si elle liée à des pratiques saines au travail. Veillez à pratiquer plusieurs habitudes de travail saines différentes.

Réflexion…

  • Lesquelles des pratiques ci-dessus réalisez-vous déjà de manière satisfaisante ? Dans quelle mesure ?
  • Avec lesquelles des pratiques ci-dessus rencontrez-vous des difficultés ? Pourquoi sont-elles difficiles pour vous ?
  • À quelles autres habitudes de travail saines susceptibles de vous aider à réduire et à gérer le traumatisme par procuration dans votre travail pouvez-vous songer ?
© Headington Institute 2008