Que peuvent faire les organisations et les responsables d’équipe à propos du traumatisme par procuration ?

QUATRIÈME MODULE | Comprendre le traumatisme par procuration et y faire face

SEPTIÈME PARTIE | Que peuvent faire les organisations et les responsables d'équipe à propos du traumatisme par procuration ?

Certains travailleurs humanitaires ont l’impression que leur propre organisation accroît le traumatisme par procuration au lieu de contribuer à le réduire ! Les politiques et pratiques de votre organisation peuvent être frustrantes et rendre les choses inutilement compliquées. Mais il convient de rappeler que les organisations et les responsables d’équipe ne vous rendent pas volontairement la vie plus difficile, ni à vous, ni aux personnes que vous tentez d’aider. En général, ils sont simplement confrontés à de nombreuses demandes conflictuelles et n’ont pas assez de temps ou de ressources pour apporter le plus grand soin et la plus grande attention à toutes les tâches qui leur incombent.

Toutefois, lorsque les organisations humanitaires manifestent de l’intérêt à l’égard du bien-être du personnel, elles prennent des mesures concrètes pour lutter contre ce qui peut contribuer au traumatisme par procuration. Même dans des situations de crise, il existe pour les organisations et leurs responsables d’équipe de nombreuses façons de structurer les rôles professionnels et de développer des cultures organisationnelles qui permettent de réduire le traumatisme par procuration chez les travailleurs humanitaires.

Même dans des situations de crise, les organisations et leurs responsables d’équipe peuvent faire beaucoup pour structurer les rôles professionnels et développer des cultures organisationnelles qui permettent de réduire le traumatisme par procuration chez leur personnel.

Considérations élémentaires pour les organisations

Voici quelques considérations élémentaires pour les organisations. Elles réduisent le risque de traumatisme par procuration en aidant les travailleurs humanitaires à se sentir soutenus, appréciés, compétents et en relation avec les autres :

  • Un salaire et des congés suffisants (y compris du repos et de la récupération) pour tout le personnel ;
  • Une orientation, une formation professionnelle et une supervision suffisante des responsables d’équipe pour que les membres du personnel se sentent compétents et soutenus dans leur travail ;
  • Des plans concernant la sécurité du personnel (y compris une formation sur la sécurité et un briefing sur les protocoles de sécurité) ;
  • Un accès aux services de soutien médical et de santé mentale, dont :
    • une assurance maladie ;
    • des informations / une formation concernant les risques psychologiques et spirituels du travail et une auto-prise en charge efficace ;
    • l’accès à un bon suivi psychologique confidentiel, au besoin ; et
  • un soutien aux familles autour de questions telles que la prise en charge des enfants, la séparation et la délocalisation.
Les considérations élémentaires pour les organisations comprennent entre autres : les politiques en matière de salaires et de congés ; les programmes de formation professionnelle ; les pratiques de gestion ; les plans concernant la sécurité du personnel ; l’accès aux services de soutien médical et de santé mentale ; et les services de soutien aux familles.

Culture organisationnelle et rôles professionnels

En outre, les travailleurs humanitaires bénéficieront d’une culture organisationnelle et de rôles professionnels qui sont structurés de manière à permettre d’éviter le traumatisme par procuration. Cela s’obtient en :

  • encourageant les liens, l’esprit de corps et les relations, peut-être à travers certains des éléments suivants, ou tous :
    • travail en équipe ;
    • autres pistes pour nouer des liens avec des collègues (p. ex. des activités sociales, telles qu’un déjeuner ou des sorties occasionnelles en groupe) ; et
    • réseaux de soutien par les pairs.
  • encourageant la communication et la participation du personnel en :
    • leur donnant une voix dans le processus décisionnel, ainsi qu’en donnant un retour d’information au personnel à tous les niveaux de la hiérarchie organisationnelle ; et en
    • fournissant des informations pour aider le personnel à comprendre comment et pourquoi les décisions concernant l’affectation des ressources, les délais, les politiques et les missions sont prises.
  • cherchant des moyens de renforcer la diversité et l’enrichissement des tâches dans le travail ; et en
  • permettant au personnel de prendre des pauses suffisantes pendant le travail et en l’encourageant à le faire.
En particulier, les travailleurs humanitaires bénéficieront d’une culture organisationnelle et de rôles professionnels qui leur permettent d’établir et d’entretenir des relations, qui favorisent la communication, la diversité et le développement, et qui laissent suffisamment de temps libre.

Réfléchissez aux questions suivantes :

  • Qu’est-ce que votre organisation fait déjà pour soutenir son personnel et l’aider à réduire le risque de traumatisme par procuration ?
  • Y a-t-il des choses pratiques auxquelles vous pensez et que votre organisation pourrait mieux faire pour soutenir son personnel et réduire le risque de traumatisme par procuration :
    • au moment du recrutement ?
    • au moment de l’orientation ?
    • en cours d’emploi ?
    • au moment de quitter l’organisation ?

Ce que peuvent faire les responsables d’équipe

Êtes-vous responsable d’équipe ? Les responsables d’équipe peuvent prendre diverses mesures qui permettent de réduire l’impact du traumatisme par procuration sur le personnel qu’ils supervisent. En voici quelques-unes.

  1. Comprendre l’impact psychologique et spirituel du travail humanitaire :
    • Soyez attentif à la façon dont l’exposition cumulée aux situations stressantes et traumatisantes peut affecter le personnel.
    • Vérifiez régulièrement auprès des membres du personnel comment ils parviennent à surmonter les difficultés – n’attendez pas qu’ils viennent vous voir pour vous faire part d’un problème.
    • Soutenez le personnel en ayant recours à des conseils ou un encadrement, le cas échéant.
  2. Montrez le bon exemple dans votre auto-prise en charge, notamment :
    • Travaillez à un rythme raisonnable que vous pourrez tenir dans la durée, et encouragez le personnel que vous supervisez à faire de même ;
    • Valorisez ouvertement les choses et les gens en dehors du travail (p. ex. le temps passé avec votre famille) ;
    • Prenez tous les congés qui vous sont alloués ; et
    • Reconnaissez que le travail humanitaire peut être difficile et que trouver le bon équilibre entre vie professionnelle et vie privée nécessite de la pratique et une certaine intentionnalité.
  3. En particulier pendant les périodes de pressions accrues ou de crise, cherchez des moyens d’aider le personnel à garder les difficultés actuelles en perspective en :
    • rappelant au personnel le contexte plus large de la mission et l’objectif de l’organisation, et la façon dont la réponse à cette mission ou à cette catastrophe s’intègre dans ce contexte plus large ; et en
    • rappelant aux membres du personnel la valeur que l’organisation leur accorde non seulement en tant que personnes mais aussi en tant que ressources les plus importantes de l’organisation. Encouragez les membres du personnel à travailler de manière durable. Si cela ne semble pas possible à court terme, encouragez-les à prendre plus de temps une fois la phase d’impact immédiat terminée pour se reposer et retrouver un certain équilibre.
  4. Exprimez vos préoccupations quant au bien-être général de votre personnel, et pas seulement à la qualité du travail qu’il effectue.
  5. Assurez-vous que les suggestions et le retour d’information des membres du personnel concernant leur travail et l’organisation sont entendus et valorisés – même si vous êtes quasiment certain qu’ils ne déboucheront pas sur un changement tangible dans un avenir proche.
  6. Ne dites pas ou ne faites pas des choses qui pourraient stigmatiser les membres du personnel qui souffrent de traumatisme par procuration ou qui font face à d’autres problèmes liés aux traumatismes ou au stress.
  7. Efforcez-vous de rester positif, saluez et honorez les efforts et les résultats autant que possible.
Les responsables d’équipe peuvent faire beaucoup pour contribuer à réduire l’impact du traumatisme par procuration sur le personnel qu’ils supervisent, y compris montrer l’exemple en parvenant à maintenir un certain équilibre et à prendre soin d’eux-mêmes.

Réfléchissez aux questions suivantes :

  • Si vous êtes responsable d’équipe, que réussissez-vous à faire pour contribuer à réduire l’impact du traumatisme par procuration sur votre personnel ? Si vous n’êtes pas responsable d’équipe, que réussit à faire votre responsable d’équipe ?
  • Que pourriez-vous améliorer en tant que responsable d’équipe (ou que pourrait améliorer votre responsable d’équipe) pour contribuer à réduire l’impact du traumatisme par procuration ?
© Headington Institute 2008