Faire face au traumatisme par procuration : trois thèmes importants

QUATRIÈME MODULE | Comprendre le traumatisme par procuration et y faire face

CINQUIÈME PARTIE | Faireface au traumatisme par procuration : trois thèmes importants

Il y a trois thèmes particulièrement importants à garder à l’esprit lorsque vous envisagez un plan d’action à long terme pour faire face au traumatisme par procuration : la conscience, l’équilibre et la connexion. Examinons chacun d’entre eux.

Un plan d’action efficace pour la gestion du traumatisme par procuration comporte trois thèmes importants : la conscience, l’équilibre et la connexion.

Conscience

La conscience peut vous aider à faire face au traumatisme par procuration d’au moins deux manières. Tout d’abord, elle peut vous aider à identifier et à comprendre vos propres réactions. Ensuite, la pratique de la conscience peut être excellente pour vous aider à faire face au traumatisme par procuration.

Comprendre vos réactions
La conscience est une première étape essentielle pour comprendre ce que vous vivez (vos réactions à ce qui se produit dans votre travail, ainsi que dans le reste de votre vie) et ce que vous pouvez faire pour prendre soin de vous dans le moment présent.

Vous devez vous pencher régulièrement sur votre état global. Comment vous sentez-vous (physiquement et psychologiquement) ? Pouvez-vous identifier quelques-unes des raisons pour lesquelles vous vous sentez ainsi ? Plus tôt vous remarquerez que quelque chose vous affecte (vous rend nerveux, mal à l’aise, angoissé, agacé, ou fatigué, par exemple), plus il sera facile d’éviter que les problèmes ne dégénèrent. Un test de conscience de soi peut vous aider à déterminer :

  • Les facteurs de risque potentiels auxquels vous êtes exposés ; et
  • Comment vous y répondez.

Parfois, votre test de conscience vous dira : « C’est vraiment une journée difficile, mais demain sera meilleur », et c’est effectivement le cas. Parfois, votre test de conscience vous dira : « Quelque chose ne va pas du tout, et je ne sais pas ce que c’est. » Dans ce cas, vous devez consacrer du temps à la réflexion le plus rapidement possible (par ex. en écrivant, en parlant à quelqu’un de confiance, en dessinant, en peignant, ou par tout autre moyen qui vous permettra de vous connecter à vous-même et à votre ressenti). Parfois, un test de conscience aboutit à la conclusion qu’il y a un sérieux problème mais que vous ne pouvez pas y faire grand-chose pour l’instant.

Le fait de comprendre vos réactions et ce qui pourrait y contribuer peut vous aider à identifier ce dont vous avez besoin, et comment modifier la situation ou gérer vos propres réactions afin d’éviter que les choses n’empirent.
« Comme pour tant d’autres problèmes, la prévention est l’approche la plus efficace. Dans ce type de travail, il est impossible d’éviter [complètement] le stress et la surcharge de travail, mais la clé consiste à connaître ses propres signes avant-coureurs et à identifier le plus tôt possible la nécessité de faire des ajustements dans votre travail et vos stratégies de soins personnels. »
— Kitsy Schoen, travaillant dans la prise en charge du VIH / SIDA, (Schoen, 1998, p.527)

La conscience comme discipline

Le fait d’être conscient de ce que l’on fait quand on le fait, de maintenir délibérément son esprit et son corps au même endroit, est une discipline spirituelle courante.

Si vous pouvez vous sentir davantage conscient dans ce sens (vous sentir présent et connecté) lorsque vous travaillez, le traumatisme par procuration est moins susceptible de se manifester. Ce type de conscience peut vous aider à supporter la douleur qui vous entoure et à l’observer tandis qu’elle circule dans votre esprit et votre corps, vous touchant sans vous paralyser. C’est beaucoup plus facile à dire qu’à faire, mais il est possible que le simple fait d’être conscient de vos actions et de vos réactions puisse vous aider à mieux gérer votre expérience de la douleur, la vôtre comme celle des autres.

Le fait d’être conscient de ce que l’on fait quand on le fait, de maintenir délibérément son esprit et son corps au même endroit, peut aider à prévenir et à gérer le traumatisme par procuration.

Réflexion…

  • Consacrez du temps à réfléchir à la manière dont vous vous sentez (physiquement, émotionnellement et spirituellement). Comment vous êtes – vous senti au réveil ce matin? Comment vous sentez – vous maintenant? Êtes – vous conscient de quoi que ce soit d’anormal ? Dans l’affirmative, à quoi cela p ourrait – il être lié?
  • Que pensez – vous de la déclaration: «la douleur est inévitable mais la souffrance est facultative»? Considérez-vous qu’elle corresponde à votre expérience du traumatisme par procuration? Si oui, dans quelle mesure?

Équilibre

Lorsque vous réfléchissez à des manières de faire face au traumatisme par procuration et de le transformer, il est important de songer à la question d’équilibre. Voici quelques domaines dans lesquels l’équilibre est particulièrement important :

  • Concilier vos besoins personnels avec les exigences de votre travail ; et
  • Concilier un travail très exigeant et un travail moins complexe.

Équilibre entre vie professionnelle et vie personnelle
Vous devez faire une pause (quotidienne, hebdomadaire, mensuelle et annuelle) pour concilier le reste de votre vie avec votre travail. Cela signifie, entre autres :

  • S’assurer que chaque journée de travail comprenne des pauses pour les repas et pour de l’activité physique ou du repos (selon la tâche en cours que vous interrompez) ; et
  • Accorder du temps au repos et à la détente, pour les amis et la famille, pour le renouveau spirituel et pour le développement professionnel. Il est particulièrement important de passer du temps avec des personnes dont vous n’avez pas besoin de vous occuper ou qui n’ont pas besoin d’être secourues. Dans certaines circonstances, cela peut s’avérer impossible. Il arrive parfois que vous vous sentiez désespéré mais que vous deviez prendre soin des autres. Cela peut se produire de temps en temps, mais cela devient dangereux lorsque c’est chronique, lorsqu’il vous est impossible de concilier l’attention que vous accordez aux autres et l’attention dont vous avez besoin.

L’équilibre au travail
L’équilibre n’est pas uniquement une question de conciliation entre votre travail et d’autres aspects importants de votre vie ; il s’agit aussi de trouver un équilibre dans votre travail qui vous permette de travailler de manière durable. Le travail humanitaire est rarement un sprint. Il s’agit bien plus souvent d’un marathon, et vous devez réfléchir à des manières qui vont vous permettre d’accomplir encore le même travail dans deux ans, si c’est ce que vous souhaitez.

Cela signifie, par exemple, d’arrêter de travailler après un nombre d’heures raisonnable, même dans des situations de réponse à une catastrophe. Cela peut s’avérer très difficile lorsque de nombreuses personnes ont besoin d’aide. Cependant, n’oubliez pas que des études tendent à indiquer que les travailleurs épuisés sont susceptibles de faire plus de mal que de bien, à cause des erreurs qu’ils commettent fréquemment. Cela signifie également qu’il faut anticiper autant que possible, afin de concilier vos tâches, quel que soit leur niveau de difficulté. Naturellement, ce type de planification n’est pas toujours possible. Cependant, dans la mesure où vous pouvez planifier vos jours et vos semaines de travail selon le rythme qui vous convient le mieux, vous travaillerez de manière plus efficace et avec moins de fatigue émotionnelle et, au bout du compte, un risque moindre de traumatisme par procuration.

Pour faire face au traumatisme par procuration de manière efficace, vous devez trouver le bon équilibre pour vous, aussi souvent que possible. Cela signifie que vous devez concilier votre travail avec le reste de votre vie, et également concilier vos tâches, quel que soit leur niveau de difficulté.

Réflexion…

  • Complétez cette phrase cinq fois, de cinq manières différentes: «Il m’est parfois difficile de concilier ______ avec _______.» (Conseil: pensez aux exigences, responsabilités et désirs de différentes personnes, différents rôles et différentes situations dans votre vie).
  • Quels sont les deux principaux sujets ou thèmes avec lesquels vous avez le plus de mal à trouver un équilibre?

Connexion

Le thème final que nous examinerons est la connexion – la connexion avec les autres et avec notre « moi » spirituel.

Connexion avec d’autres personnes
Le soutien social – établir des connexions pleines de sens avec les personnes que vous aimez et dont vous vous souciez – a un rôle positif sur tous les éléments liés à la santé physique et mentale. Le meilleur type de soutien social implique bien plus que des connexions informelles avec les personnes qui vous entourent ; il nécessite d’établir des liens avec des communautés personnelles et professionnelles.

Une communauté est quelque chose de très spécial. Une véritable communauté est un groupe de personnes qui se connaissent, qui partagent des expériences et des valeurs, et qui se rapprochent dans les bons moments comme dans les moments de besoin ou de détresse. Les familles, les clubs, les organisations professionnelles et les groupes religieux, par exemple, sont tous des exemples de communautés. Différentes communautés fournissent souvent différents types de soutien. Il est donc recommandé d’appartenir à plus d’une communauté.

« Des relations solides représentent la meilleure forme de protection dans les environnements traumatiques et stressants… Par-dessus tout, il semblerait que nous dépendions de la force et de la nature de nos relations avec les autres, avec la terre sur laquelle nous vivons, et avec le Dieu qui nous a créés. »
— (Fawcett, 2003, p. 7)
Entretenir des relations harmonieuses et des contacts enrichissants avec la famille, les amis et les collègues est l’une des meilleures choses que nous puissions recommander pour aider à faire face au traumatisme par procuration.

Connexion spirituelle

Cette connexion va au-delà de nos relations avec les autres. Il est également important de vous sentir lié à ce qui vous enrichit ou vous stabilise : qu’il s’agisse de Dieu, de votre foi, de la nature, de l’humanité, ou d’une autre source de sens et de raison d’être. Cela est particulièrement important pour les travailleurs humanitaires car ce sentiment essentiel de connexion spirituelle peut aider à prévenir et à combattre la perte de sens et d’espoir qui est au cœur du traumatisme par procuration. La clé pour transformer le traumatisme par procuration consiste à trouver sa propre voie vers le renouveau spirituel : à (re)trouver un sentiment d’admiration, de joie, d’émerveillement, de raison d’être, et d’espoir, et de la réévaluer régulièrement et fréquemment.

L’un des éléments fondamentaux de la connexion spirituelle consiste à trouver sa propre voie afin de (re)trouver un sentiment d’admiration, de joie, d’émerveillement, de raison d’être, et d’espoir, et de la réevaluer régulièrement et fréquemment.

Réflexion… .

  • WIdentifiez deux communautés qui sont importantes pour vous. Comment vous « nourrissent-elles » et vous aident-elles à vous sentir soutenu et connecté?
  • Qu’est-ce qui vous fait vous sentir connecté sur le plan spirituel? (Conseil: n’oubliez pas que votre spiritualité est liée à votre notion la plus profonde de sens à la vie et de raison d’être. Elle est peut être liée à une foi en Dieu, en la nature, en l’humanité ou en quelque chose d’autre.)
© Headington Institute 2008