S’occuper des autres après un incident critique

DEUXIÈME MODULE | Prise en charge des traumatismes et des incidents critiques pour les travailleurs humanitaires

HUITÈME PARTIE | S'occuper d'autres personnes suite à des événements traumatiques

Nous nous inquiétons souvent de savoir comment aider des personnes ayant vécu un événement traumatique. S’il s’avère que vous étiez sur les lieux de l’événement traumatique, vous aurez peut-être l’impression de ne pas savoir quoi faire pour aider les autres. Si une personne de votre entourage connaît une période difficile après un événement traumatique, vous aurez peut-être peur de n’être « qu’un obstacle », d’être « de trop », ou de dire
« ce qu’il ne faut pas ».

Si cela peut vous aider, pensez à ce dont vous auriez besoin et ce que vous aimeriez qu’un ami fasse pour vous après un évènement traumatique du même type. De quelle manière souhaiteriez-vous que quelqu’un traite votre frère ou votre sœur si cela leur était arrivé ? Cela peut vous aider à comprendre comment apporter aux autres le meilleur soutien possible. Deux choses importantes sont à retenir : 

  1. Vous n’êtes pas responsable de soulager leur douleur. 
  2. Vous n’êtes pas censé avoir « réponse à toutes les questions » qu’ils peuvent se poser concernant l’événement, la raison pour laquelle il s’est produit ou ce qu’il signifie.

En règle générale, les gens apprécieront votre présence apaisante et vos bonnes intentions. Voici quelques idées que vous pourrez trouver utiles si vous essayer d’aider et de soutenir quelqu’un souffrant d’un traumatisme. 

À faire…

  • Si vous vous trouvez sur les lieux et que vous ne connaissez pas la personne impliquée, présentez-vous et proposez-lui de l’aider.
  • Déterminez son rôle dans le désastre/l’événement traumatique. S’agit-il d’un témoin, d’une victime, d’un membre de la famille ou d’un ami ? Est-elle blessée ou a-t-elle besoin d’une attention médicale immédiate ? A-t-elle perdu un être cher dans la catastrophe ?
  • Si cela est sans danger et nécessaire, éloignez la personne de la situation stressante et protégez-la des passants curieux et des médias.
  • Proposez-lui de contacter un ami ou un être cher à sa place. Le cas échéant, faites savoir à cette personne où elle peut vous rencontrer.
  • Si vous quittez une personne dans une situation de détresse intense, veillez à ce que quelqu’un d’autre reste auprès d’elle. Si possible, présentez-la à un professionnel de la santé mentale présent sur place.
  • Si cela est approprié, demandez-lui ce qui s’est passé et si elle va bien. Laissez-la parler de ses expériences, préoccupations et sentiments si elle le souhaite. Ne la forcez surtout pas à parler.
  • Si cela est approprié, parlez des réactions de stress courantes. Faites-lui part de ce que vous savez des symptômes physiques, mentaux, émotionnels, spirituels et comportementaux normaux liés à un traumatisme. Réconfortez-la en lui affirmant que les réactions de stress dont elle souffre sont vraisemblablement normales et devraient s’estomper avec le temps. Sachez que la victime peut être bousculée et choquée, en particulier dans les 24 heures suivant l’événement. Il se peut qu’elle éprouve des difficultés à se concentrer sur ce que vous dites, donc faites des phrases plutôt courtes et simples.
  • Parlez des stratégies de résistance et d’adaptation, et de plans d’action à adopter dans les 24 à 48 heures qui suivent. Aidez la personne à se concentrer sur ce délai immédiat. Pensez aux choses simples qu’elle devra faire, comme rentrer chez elle, cuisiner et manger, et trouver l’apaisement. Déterminez les personnes qui seront à ses côtés et les personnes qu’elle peut appeler si elle a de la peine ou si elle a peur. Cela peut s’avérer très important pour les personnes qui vivent seules.
  • Aidez la personne à prendre des décisions, si nécessaire. Vous aurez peut-être besoin de prendre des décisions à sa place. La plupart du temps, il suffit d’être à ses côtés et de la guider dans ses décisions, par exemple au sujet de son assurance médicale, sa déposition auprès de la police, les personnes à contacter et ce qu’elles ont besoin de savoir. Le fait d’être tout simplement présent pour comprendre et calmer les souffrances d’une personne représente souvent un cadeau inestimable aux yeux d’une personne choquée et ébranlée qui ne sait pas trop si ce qu’elle dit ou fait est bien.
  • Écoutez attentivement. S’il s’agit d’une personne que vous connaissez bien, n’ayez pas peur de lui demander ce que vous pouvez faire pour l’aider et n’hésitez pas à lui parler.
  • Aidez à réaliser des tâches pratiques. Aidez la personne à effectuer les tâches quotidiennes telles que la cuisine, le ménage et la surveillance des enfants. Ces activités peuvent soulager certaines personnes qui se sentent oppressées dans leur vie de tous les jours. Cependant, évitez de « prendre le contrôle » de ces activités. Parfois, les personnes ayant vécu un événement traumatique trouvent que cuisiner ou passer du temps avec leurs enfants est le meilleur moyen de prendre soin d’elles-mêmes.

À ne pas faire…

  • Ne partez pas du principe que la personne qui vient de vivre un événement traumatique n’en est pas affectée et qu’elle a les idées claires simplement parce qu’elle semble calme.
  • Ne dites pas de choses comme : « vous avez eu de la chance, ça aurait pu être bien pire. » Si la victime exprime ce sentiment, alors vous pouvez acquiescer. Mais n’oubliez pas que cette affirmation peut vexer ou irriter certaines personnes. Vous pouvez au lieu de cela exprimer votre soutien en disant simplement : « Je suis vraiment désolé que cela vous soit arrivé » et « vous êtes en sécurité à présent ».
  • Ne considérez pas leur colère ou leurs autres sentiments comme une critique personnelle. Les personnes qui viennent de vivre un événement traumatique peuvent se sentir oppressées par de vives émotions, telles que la colère. Elles peuvent parfois diriger leur colère vers vous, de façon irrationnelle même. Leurs réflexions peuvent vous faire du mal et vous pouvez trouver cela difficile à entendre, mais essayez de garder votre calme et ne prenez pas cela comme une critique personnelle.

Si vous aidez une personne impliquée dans un événement traumatique, n’oubliez pas que vous serez sans doute affecté par les détails de son expérience et par le fait d’avoir été un témoin direct de sa douleur, sa tristesse et sa confusion. N’oubliez pas de passer en repenser à vos propres stratégies de résistance et d’adaptation et prenez le temps de vous occuper de vous-même après avoir passé du temps à vous occuper d’autres personnes. Pour plus d’informations à ce sujet, consultez notre module de formation en ligne sur le traumatisme par procuration.

Pour votre réflexion personnelle…

  • Quels autres moyens sont mis à votre disposition pour soutenir une personne qui vient de vivre un événement traumatique, soit sur l’instant, soit dans les jours et semaines suivant l’événement? Dressez une liste d’éléments spécifiques qui pourraient être
    appropriés.
  • Que trouvez-vous le plus difficile lorsque vous soutenez des personnes qui traversent une période difficile? Quels sentiments et pensées se raniment en vous?
  • Pouvez-vous identifier des approches utiles que vous utilisez généralement pour gérer ces pensées et ces sentiments? Pouvez-vous citer d’autres éléments qui pourraient vous aider après avoir passé du temps à vous occuper d’une personne traumatisée ou affligée?
© Headington Institute 2013